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La persévérance est une haute vertu. Ainsi regardais-je l’autre soir le bon visage de Walter Disney. Le souci des affaires n’y efface pas le plaisir de vivre, ni le sens de l’action le goût de la réverie.

Voilà un homme qui depuis trente années dessine pour nous des images, des images coloriées, rythmées, harmonisées comme des poésies, raisonnées comme des fables, qui a créé de petits êtres, à l’image des plus jolis  compagnons que Dieu nous ait donnés, et les fait vivre pour notre plaisir.

Son génie a connu bien des peines. Dans les premières parties des programmes, comme Max Fleicher et sa Bettv Boop, comme Pat O’Sullivan et son Félix le Chat, il avait pris tout d’abord une place trés modeste. Mickey,  Donald et Pluto ne semblaient que des croquis en marge des grands films. Aller plus loin, gagner du métrage, paraissait impossible.

Puis, à la naissance du son, de la couleur, le simple croquis devint enluminure, se stylisa et devint musique : Silly Symphonies. Bruits et cris de la nature et des petites bêtes. Folle joie, seule joie souvent de tout le programme. Délices du spectateur, mais aussi : accoutumance.

Ici apparaît le courage : la puissance de sa technique, la richesse de ses vues, laudace accordée au grand talent, Disney allait pouvoir les mettre à l'épreuve. Il franchit l’entr’acte et ose : Blanche Neige, grand film, immense film, artistiquement, commercialement.

Blanche Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Fantasia, Dumbo l'éléphant volant, Bambi, Les trois Caballeros, La Boite à Musique, Coquin de Printemps, Cendrillon.

Alice au Pays des Merveilles nous sera donné cet hiver. Après, viendront Peter Pan et La Belle au Bois dormant. Il y a aussi des documentaires simples : L'Ile aux Phoques, L'Ile aux Castors qui accompagne Cendrillon, La Terre, cette inconnue qui accompagnera Alice, Et aussi des films simples : L'Île au Trésor, Robin des Bois (en cours), puis Don Quichotte.

L'œuvre a son plein élan. Le genre est sans limite maintenant, et sans correspondance avec aucun autre art pour Île dessin animé, peu comparable (sauf avec Flaherty pour Nanouk et L'Homme d'Aran, ou Painlevé pour L'Hippocampe ou Le Vampire) dans les documentaires.

Walt Disnev, le poëte dessinateur, l'observateur californien, le réalisateur d’Amérique (il n’eut fait que peu de chose sans ce vaste marché de base) a créé sous nos yeux une imagerie de tous les temps.

Puisse la matière qu’il emploie, le technicolor, résister au delà de notre époque. Puissions-nous, dans nos cinémathéques, en renouveler les supports de vingt-cinq en vingt-cinq ans !

[img]Walt Disney à sa descente d'avion, en compagnie de sa femme et de ses deux filles. En l'honneur du célèbre imagier, la Société RKO a organisé une brillante réception à laquelle assistaient les personnalités de l'industrie cinématographique actuellement à Paris.[/img]

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